Renault bientôt bridées: les impacts et les précédents

Les Gardiens de la Route

AFP 24/04/2021
 


Est-ce bien utile de brider les moteurs des voitures, comme l'a annoncé Renault vendredi1?
Les spécialistes sondés par l'AFP se montrent plutôt sceptiques dans la mesure où la vague de l'électrique devrait de toute façon faire baisser la vitesse.
Qu'a annoncé Renault?
Le directeur général de Renault, Luca de Meo, a annoncé vendredi que la vitesse serait "plafonnée selon les véhicules et ne dépassera pas les 180km/h", chez Renault et Dacia. Objectif affiché, "agir" sur la vitesse, qui "représente plus d'un tiers des causes d'accidents mortels".
"Vous avez déjà vu une Clio rouler à 180 km/h, vous?", réagit Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes. Il fustige l'"inutilité" d'une telle mesure, d'autant que les amateurs de vitesse ne roulent généralement "pas en Renault".
"On parle d'un constructeur généraliste de milieu de gamme", abonde un autre spécialiste automobile, qui ne souhaite pas être cité. La portée de l'annonce aurait été différente si elle avait été effectuée par Porsche, par exemple.
Quels précédents?
Le constructeur d'origine suédoise Volvo avait pris la même décision en 2020, avec 180 km/h comme limite. Ce "n'est pas une panacée, mais cela vaut la peine de le faire si cela permet de sauver ne serait-ce qu'une vie", argumentait Håkan Samuelsson, son président, en mars 2019.
Volvo ambitionnait alors d'"ouvrir le débat sur ce que les constructeurs ont le droit, ou peut-être même l'obligation de faire, quant à l'introduction de technologies modifiant le comportement des conducteurs pour s'attaquer aux sujets comme la vitesse, l'ébriété ou l'inattention".
Certains constructeurs, comme Ford, ont également mis en place sur certains modèles un limiteur de vitesse automatique, en fonction des panneaux signalétiques.
Quel impact sur les consommateurs?
Chaque année, l'observatoire Cetelem de la consommation sonde l'opinion des automobilistes dans plus d'une dizaine de pays. Il en ressort que "la puissance d'un moteur, sa vitesse de pointe, n'est pas un critère pour l'écrasante majorité d'entre eux", explique son directeur Flavien Neuvy.
Le critère d'achat N.1 est le prix, le second, la fiabilité et le troisième, le design. "Les critères de performance environnementale, comme de la vitesse, arrivent très loin derrière", détaille-t-il.
Toutefois, "un constructeur affichant sa volonté d'aller dans ce sens de plus de sobriété, cela ne peut pas être négatif pour son image", estime encore le spécialiste.
Et sur la sécurité?
"La politique du « en même temps » ne fonctionne pas en sécurité routière", critique Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière. "On ne peut pas à la fois continuer de vendre des véhicules qui vont au delà des limitations de vitesse et prétendre qu'on agit sur ce sujet".
Elle rappelle que "la vitesse demeure le premier facteur de mort sur la route, avant l'alcool, le téléphone ou le non port de la ceinture de sécurité" et ne voit rien de plus qu'un "effet d'annonce" de la part de Renault. Elle plaide notamment pour la mise en place d'un limiteur automatique s'adaptant à la vitesse autorisée.
Quel avenir?
Justement, Luca De Meo a annoncé vendredi que les futurs véhicules Renault seraient "équipés d'un régulateur automatique réglé par défaut qui s'ajustera à la vitesse autorisée, selon les panneaux et les données de géolocalisation".
"Ils commencent à faire ce genre d'annonces parce que les véhicules électriques ne peuvent pas rouler à plus de 100 km/h sans engloutir toute la batterie", estime Pierre Chasseray.
Flavien Neuvy envisage aussi que "la transition forcée vers l'électrique" favorise "un autre rapport à l'automobile, avec des véhicules dans lesquels il ne sera pas possible de rouler à de telles vitesses pendant des heures".Renault bientôt bridées: les impacts et les précédents
AFP 24/04/2021
Est-ce bien utile de brider les moteurs des voitures, comme l'a annoncé Renault vendredi1?
Les spécialistes sondés par l'AFP se montrent plutôt sceptiques dans la mesure où la vague de l'électrique devrait de toute façon faire baisser la vitesse.
Qu'a annoncé Renault?
Le directeur général de Renault, Luca de Meo, a annoncé vendredi que la vitesse serait "plafonnée selon les véhicules et ne dépassera pas les 180km/h", chez Renault et Dacia. Objectif affiché, "agir" sur la vitesse, qui "représente plus d'un tiers des causes d'accidents mortels".
"Vous avez déjà vu une Clio rouler à 180 km/h, vous?", réagit Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes. Il fustige l'"inutilité" d'une telle mesure, d'autant que les amateurs de vitesse ne roulent généralement "pas en Renault".
"On parle d'un constructeur généraliste de milieu de gamme", abonde un autre spécialiste automobile, qui ne souhaite pas être cité. La portée de l'annonce aurait été différente si elle avait été effectuée par Porsche, par exemple.
Quels précédents?
Le constructeur d'origine suédoise Volvo avait pris la même décision en 2020, avec 180 km/h comme limite. Ce "n'est pas une panacée, mais cela vaut la peine de le faire si cela permet de sauver ne serait-ce qu'une vie", argumentait Håkan Samuelsson, son président, en mars 2019.
Volvo ambitionnait alors d'"ouvrir le débat sur ce que les constructeurs ont le droit, ou peut-être même l'obligation de faire, quant à l'introduction de technologies modifiant le comportement des conducteurs pour s'attaquer aux sujets comme la vitesse, l'ébriété ou l'inattention".
Certains constructeurs, comme Ford, ont également mis en place sur certains modèles un limiteur de vitesse automatique, en fonction des panneaux signalétiques.
Quel impact sur les consommateurs?
Chaque année, l'observatoire Cetelem de la consommation sonde l'opinion des automobilistes dans plus d'une dizaine de pays. Il en ressort que "la puissance d'un moteur, sa vitesse de pointe, n'est pas un critère pour l'écrasante majorité d'entre eux", explique son directeur Flavien Neuvy.
Le critère d'achat N.1 est le prix, le second, la fiabilité et le troisième, le design. "Les critères de performance environnementale, comme de la vitesse, arrivent très loin derrière", détaille-t-il.
Toutefois, "un constructeur affichant sa volonté d'aller dans ce sens de plus de sobriété, cela ne peut pas être négatif pour son image", estime encore le spécialiste.
Et sur la sécurité?
"La politique du « en même temps » ne fonctionne pas en sécurité routière", critique Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière. "On ne peut pas à la fois continuer de vendre des véhicules qui vont au delà des limitations de vitesse et prétendre qu'on agit sur ce sujet".
Elle rappelle que "la vitesse demeure le premier facteur de mort sur la route, avant l'alcool, le téléphone ou le non port de la ceinture de sécurité" et ne voit rien de plus qu'un "effet d'annonce" de la part de Renault. Elle plaide notamment pour la mise en place d'un limiteur automatique s'adaptant à la vitesse autorisée.
Quel avenir?
Justement, Luca De Meo a annoncé vendredi que les futurs véhicules Renault seraient "équipés d'un régulateur automatique réglé par défaut qui s'ajustera à la vitesse autorisée, selon les panneaux et les données de géolocalisation".
"Ils commencent à faire ce genre d'annonces parce que les véhicules électriques ne peuvent pas rouler à plus de 100 km/h sans engloutir toute la batterie", estime Pierre Chasseray.
Flavien Neuvy envisage aussi que "la transition forcée vers l'électrique" favorise "un autre rapport à l'automobile, avec des véhicules dans lesquels il ne sera pas possible de rouler à de telles vitesses pendant des heures".

Pour ou contre la vitesse bridée sur les voitures ? (Le Point 26/04/2021 Jacques Chevalier)

Au nom de la sécurité routière, de l’écologie et du réalisme, certains constructeurs, dont Renault, envisagent de limiter la vitesse de pointe de leurs modèles.
Chacun son standing. Alors que bon nombre de constructeurs allemands limitent l'allure de certains de leurs modèles (mais pas tous) à 250 km/h, Renault a annoncé, par la bouche de son directeur général Luca de Meo, que la vitesse serait « plafonnée selon les véhicules et ne dépassera pas les 180 km/h » chez Renault et… Dacia. Objectif affiché : « agir » sur la vitesse, qui « représente plus d'un tiers des causes d'accidents mortels ». « Comme si, dit un bon observateur de l'automobile, cela changeait quelque chose aux comportements. Il y a bien longtemps que les usagers, dans leur immense majorité, ne pratiquent plus ces vitesses et, si c'est bien un objectif de sécurité routière que l'on entend atteindre, c'est 100, voire 80, 60 ou 40 km/h qu'il faudrait retenir, car on se tue aussi à ces vitesses-là. »
1 Voir la revue 16 : « Les futures voitures Renault seront bridées à 180 km/h » Le Parisien avec AFP 23/04/2021
LCVR - Ligue contre la violence routière

« Vous avez déjà vu une Clio rouler à 180 km/h, vous ? » renchérit Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 Millions d'automobilistes. Il fustige l'« inutilité » d'une telle mesure, d'autant que les amateurs de vitesse ne roulent généralement « pas en Renault ».
On peut donc en déduire, ajoute notre témoin anonyme, que c'est un coup de marketing orchestré par un homme qu'on ne connaissait pas sous ce jour, plutôt porté vers la sportivité des modèles Seat, marque qu'il dirigeait précédemment, et instigateur de sa branche à hautes performances Cupra. Le style Renault aurait-il déteint sur le personnage, par ailleurs reconnu comme un excellent connaisseur du monde automobile ? Ce serait une profonde déception. Le plus important au fond n'est pas là, mais peut-être dans l'aveu implicite qu'il faut entraver la marche des marques performantes, allemandes en général, capables d'un niveau de prestations que Renault ne peut atteindre.
Bridage intelligent ou idiot ?
Le constructeur français peut donc changer de stratégie et se ranger aux côtés du précurseur, le suédois Volvo, qui avait pris la même décision en 2020, avec 180 km/h comme limite également. Ce « n'est pas une panacée, mais cela vaut la peine de le faire si cela permet de sauver ne serait-ce qu'une vie », argumentait Håkan Samuelsson, son président, en mars 2019. Mot pour mot l'argument ânonné depuis des années par la Sécurité routière en France et relayé par Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière. « La politique du en même temps ne fonctionne pas en sécurité routière », dit-elle.
« On ne peut pas à la fois continuer de vendre des véhicules qui vont au-delà des limitations de vitesse et prétendre qu'on agit sur ce sujet. » Elle rappelle que « la vitesse demeure le premier facteur de mort sur la route, avant l'alcool, le téléphone ou le non-port de la ceinture de sécurité », et ne voit rien de plus qu'un « effet d'annonce » de la part de Renault. Elle plaide notamment pour la mise en place d'un limiteur automatique s'adaptant à la vitesse autorisée.
C'est précisément ce que va mettre en place, avec un peu de retard sur ses rivaux, Renault avec un dispositif permettant de lire les panneaux routiers et de contraindre les véhicules à respecter la consigne qui y est donnée, la vitesse notamment, mais aussi un arrêt au stop ou à un cédez le passage. Parmi les constructeurs populaires, Ford a déjà mis en place sur certains modèles un limiteur de vitesse automatique, en fonction de ces panneaux signalétiques. Renault ne ferait que s'y conformer avec des dispositifs de lecture par caméra assez sophistiqués qu'une Dacia ne pourra supporter sans voir son prix de vente bondir. Celles-là n'auraient qu'un limiteur, en supposant qu'elles parviennent à rouler à 180 km/h.
Quelles sont les intentions réelles de Renault en annonçant pareille évolution de ses véhicules ? Il risque de voir une partie de la clientèle se détourner de ses produits, car le standing n'est pas qu'une voiture soit rapide, c'est simplement de savoir qu'elle peut le faire. Comme dans le monde horloger, beaucoup de Français apprécient de très coûteuses montres mécaniques qui ne font rien de plus que de leur donner l'heure, ce qu'une vulgaire quartz à 10 euros fera aussi bien.
La paupérisation de l'image de Renault pourra être un effet boomerang de cette annonce, qui ne fait que marcher sur les plates-bandes d'un figurant du monde automobile, Volvo, connu pour ses nobles combats pour la sécurité routière, et dont les ventes n'ont pas bondi pour autant. Comme beaucoup, il compte sur l'introduction de technologies modifiant le comportement des conducteurs pour s'attaquer aux sujets comme la vitesse, l'ébriété ou l'inattention qui succéderont à la maîtrise du véhicule avec l'antipatinage, l'antiblocage de freins et le contrôle dynamique de trajectoire.
Prix, fiabilité, design
Ces trois-là ont fait plus, avec les dispositifs passifs (airbags, ceintures, zones déformables, etc.), pour la sécurité routière que tout le reste des mesures contraignantes réunies. Ce serait la preuve qu'il faut, aux yeux de certains, traiter la réalité de la pratique automobile aujourd'hui. En France, où le carcan des limitations est érigé depuis 1973, la vitesse n'est plus, comme en Europe, une préoccupation.
Chaque année, l'observatoire Cetelem de la consommation sonde l'opinion des automobilistes dans plus d'une dizaine de pays. Il en ressort que « la puissance d'un moteur, sa vitesse de pointe, n'est pas un critère pour l'écrasante majorité d'entre eux », explique son directeur Flavien Neuvy. Le critère d'achat n° 1 est le prix, le second, la fiabilité, et le troisième, le design. « Les critères de performance environnementale, comme de la vitesse, arrivent très loin derrière », ajoute-t-il. Toutefois, « un constructeur affichant sa volonté d'aller dans le sens de plus de sobriété, cela ne peut pas être négatif pour son image », estime encore le spécialiste.
Dans ce contexte, l'annonce de Renault sur les futurs véhicules aux allures limitées automatiquement selon un certain nombre de critères GPS apparaît surtout opportuniste pour les associations d'automobilistes.
« Ils commencent à faire ce genre d'annonces parce que les véhicules électriques ne peuvent pas rouler à plus de 100 km/h sans engloutir toute la batterie », estime ainsi Pierre Chasseray. Et Flavien Neuvy d'ajouter que « la transition forcée vers l'électrique » favorise « un autre rapport à l'automobile, avec des véhicules dans lesquels il ne sera pas possible de rouler à de telles vitesses pendant des heures ». Mais on rappellera que l'électrique n'est en aucun cas une solution obligée et que le thermique, quoiqu'en disent certains, a encore une longue vie devant lui.
Moteurs bridés

lcvr

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