Au nom du progrès, Tesla joue avec la sécurité routière

lesgardiensdelaroute13 Par Le 25/02/2022 0

Dans LA REVUE DE PRESSE

les gardiens de la route

AFP 14/02/2022

Le système américain beaucoup plus permissif sur les homologations laisse le champ libre à Tesla pour des expérimentations par ses clients. Une méthode à risques. Elon Musk répète à l'envi que ses voitures seront bientôt complètement autonomes, mais Tesla entretient le flou sur les réelles capacités de ses actuels systèmes d'aide à la conduite et n'hésite pas à louvoyer entre les règles de la sécurité routière. Virage trop serré, plot renversé, dépassement inopiné : comme illustré par de nombreuses vidéos sur Internet, les Tesla testant la dernière version du système d'assistance à la conduite du constructeur, surnommé « FSD Beta », peuvent avoir des comportements instables. Le groupe d'Elon Musk a aussi accepté début février d'officiellement « rappeler » près de 54 000 véhicules dotés de « FSD Beta » pour désactiver, à distance, une option laissant les voitures ne pas marquer un arrêt complet au « Stop » dans certaines conditions. « Ce n'était pas une simple erreur d'ingénierie, mais une décision délibérée de Tesla d'enfreindre le Code de la route », remarque Phil Koopman, spécialiste de la sécurité des véhicules autonomes à l'université Carnegie-Mellon, en Pennsylvanie. L'agence américaine de la sécurité routière, la NHTSA, a également lancé l'été dernier une enquête après une série de collisions de Tesla équipées du système « Autopilot » avec des véhicules de premiers secours.« Tesla fait beaucoup de choses qui jouent avec les règles de la sécurité routière et beaucoup de marketing qui donne l'impression aux consommateurs que les véhicules sont plus avancés qu'ils ne le sont », déplore Michael Brooks, responsable du Centre pour la sécurité automobile. Certification sur parole Aux États-Unis, les véhicules ne sont pas homologués avant de rouler. Les fabricants doivent simplement certifier qu'ils respectent les règles en vigueur. C'est seulement après coup que la NHTSA peut intervenir, si elle estime que le véhicule enfreint les normes ou qu'il présente un « danger déraisonnable ». Il arrive parfois que les règles n'existent pas, comme sur les régulateurs de vitesse, remarque Bryant Walker Smith, juriste spécialiste de la conduite autonome à l'université Stanford. Sous l'administration Trump, la NHTSA a surtout concentré ses efforts sur la création d'un nouveau cadre pour les véhicules sans chauffeur, qui reste pour l'instant dans les limbes. Après quelques mois à prendre ses marques sous la nouvelle administration, l'agence a commencé à se pencher davantage sur l'impact des nouvelles technologies sur la sécurité routière. Elle a demandé en juin à ce que lui soient rapportées toutes les collisions impliquant des voitures équipées de certains systèmes d'assistance à la conduite ou de conduite autonome puis, après l'ouverture de l'enquête liée aux véhicules de premiers secours, a demandé de plus en plus d'informations sur le sujet. L'agence « continue à faire des recherches sur les nouvelles technologies, y compris les outils d'aide au conducteur, et à surveiller leurs performances en conditions réelles », a indiqué une porte-parole à l'AFP. 60 000 testeurs sur la voie publique Tesla propose « Autopilot » sur toutes ses nouvelles voitures, qui permet d'adapter la vitesse à la circulation et de maintenir le cap sur une voie. Le groupe propose aussi différentes options, comme le changement de voie, l'aide au stationnement ou la prise en compte des feux de circulation, intégrées selon les pays dans les packages « Autopilot amélioré » ou « Capacité de conduite entièrement autonome ». Tesla promet enfin, « à venir », la « conduite automatisée en ville ». Mais le constructeur fait déjà tester cette fonctionnalité en conditions réelles par un nombre grandissant d'automobilistes, environ 60 000 actuellement. Sur son site Internet, le groupe précise bien que le conducteur doit rester vigilant, avec les mains sur le volant. Une précaution quelque peu hypocrite, totalement impossible en Europe. Tesla a aussi estimé dans un courrier aux autorités californiennes l'an dernier que toutes ces fonctionnalités relevaient bien du niveau 2 sur l'échelle d'autonomie fixée par l'organisation Society of Automotive Engineers qui en compte 6, et qu'il n'était à ce titre pas soumis aux règles plus strictes prévues pour les tests de conduite autonome. Mais Elon Musk ne cesse de vanter les mérites de ses logiciels et affirme clairement que l'objectif est de parvenir à un système de conduite autonome, comme sous-entendu par les noms « Autopilot » ou « Capacité de conduite entièrement autonome ». « Tesla essaie d'avoir le beurre et l'argent du beurre, d'une façon fourbe et irresponsable », estime Bryant Walker Smith. Il n'absout pas les autres fabricants qui « depuis des décennies font des publicités de véhicules roulant à toute allure dans le désert ». Mais les développeurs de systèmes de conduite autonome aussi, et même plus avancés que Tesla, comme Waymo, « sont plus réticents » à fanfaronner sur leurs capacités. L'attitude de Tesla est regrettable, estime le spécialiste. Car les outils développés par le groupe pourraient vraiment aider à réduire les risques sur les routes, de nombreux accidents étant causés par l'inattention des conducteurs.

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