Bretagne : Insultes, accidents… Le quotidien « de plus en plus dangereux » des agents des routes

lesgardiensdelaroute13 Par Le 06/05/2022 0

Dans LA REVUE DE PRESSE

les gardiens de la route

 

20Minutes 26/04/2022 Camille Allain 

Depuis le début de l’année 2022, douze véhicules de la Diro ont été percutés lors d’interventions d’agents pour  des accidents ou des travaux en Bretagne 

En Bretagne, douze accidents de la route ont impliqué des véhicules de la Dirouest, obligeant les autorités à lancer une  campagne de communication. 

Les agents des routes témoignent des conditions d’exercice « de plus en plus dangereuses » du métier. La présence du téléphone au volant et la vitesse excessive sont souvent à l’origine de ces accidents. « On l’a vu passer deux fois. La première fois, il roulait doucement. Mais la deuxième fois, il était à 140 km/h. Les  ouvriers du chantier ont eu super peur ». Cela fait vingt ans que Didier est agent à la Direction interdépartementale des  routes de l’Ouest (Diro). Il n’avait jamais vu ça. Alors que son service est chargé de fermer chaque nuit une partie de la  rocade sud de Rennes pour permettre d’importants travaux nocturnes, il a vu par deux fois un automobiliste forcer le  barrage pour s’introduire sur la route fermée. « C’était une 308 noire. On a même des vidéos qui le montrent. Mais on ne  distingue pas la plaque ». Pour s’introduire sur la rocade pourtant fermée, le chauffard a forcé les plots et les véhicules  orange de la Diro. Après ces deux incidents, un poids lourd a été placé en travers de la route. A écouter Didier, cet incident est loin d’être un cas isolé. Malgré des engins de signalisation de plus en plus nombreux,  les agents des routes ne se sont jamais autant sentis en danger. Une preuve par les chiffres. Depuis le début de l’année  2022, douze véhicules de la Diro ont été accidentés rien qu’en Bretagne. Et à chaque fois, le constat est le même :  l’automobiliste n’était pas attentif. « Les gens ne se rendent pas compte du danger qu’ils nous font courir. On voit des  conducteurs de poids lourd qui regardent la télé, des gens qui nous filment alors qu’ils sont au volant. On a l’impression  qu’ils n’en ont rien à faire des autres », poursuit Didier. Des campagnes de communication avaient été lancées l’an  dernier après une multiplication d’accidents. En vain. L’année 2022 est même pire. 

Son collègue Fabrice a été témoin d’une autre scène hallucinante récemment. Alors qu’une rangée de plots orange  avaient été installés sur la voirie pour protéger un véhicule en panne sur la rocade, un automobiliste a jugé bon de  slalomer entre les cônes. « J’ai l’impression que les gens s’écartent moins qu’avant. On se fait raser. Les gens ne se  rendent compte du danger que quand ils sont en panne sur la bande d’arrêt d’urgence. En général, ils sont bien contents  de nous voir arriver », raconte Fabrice. Agent des routes depuis plus de vingt ans, le Breton a constaté la multiplication  des comportements dangereux. Mais aussi l’accroissement flagrant du nombre de véhicules. « Avant, on pouvait  traverser les voies pour aller chercher un truc au milieu. C’est fini cette époque ».  

Dans les Côtes d’Armor et le Morbihan, cette semaine sera marquée par deux hommages à deux agents tués dans  l’exercice de leurs missions en 2002 et 2012. 

Une nouvelle règle trop peu connue pour les protéger 

En 2018, une nouvelle règle a pourtant été ajoutée au Code de la route, obligeant les automobilistes à se déporter.  Baptisé « corridor de sécurité »2, il impose aux conducteurs de « laisser une voie libre entre les intervenants et leurs  véhicules ou se décaler le plus possible à gauche de leur voie et ralentir de façon significative ». L’objectif était clair : réduire le nombre d’accidents impliquant des agents des routes, que ce soit ceux travaillant pour l’État ou ceux exerçant  pour les départements. « Mais personne ne connaît cette nouvelle règle. Et j’ai l’impression que les gens s’en foutent.  On a des collègues qui se sont fait agresser, on se fait souvent insulter. Pour moi, c’est un problème de société. On a  des gens qui roulent sans permis, sans assurance. Ils se croient tout permis », analyse André, qui travaille à la Diro  depuis vingt-six ans. 

Pour protéger un métier que les agents décrivent comme « de plus en plus dangereux », les autorités lancent  régulièrement des opérations de sensibilisation du grand public. Ce sera le cas partout ces prochaines semaines en  Bretagne où des messages invitant les automobilistes à ralentir aux abords des agents seront diffusés. Ce lundi, le  préfet de région a rendu visite aux agents du centre de Rennes pour leur apporter son soutien. Et marteler ce message :  « ralentissez, ralentissez, ralentissez », a conseillé le préfet Emmanuel Berthier. Bretagne : "ouvrez les yeux et ralentissez", supplie un homme en jaune, alors que les accidents sont en hausse

La Direction interdépartementale des routes Ouest (DIRO), qui gère les routes nationales en Bretagne et les  Pays de la Loire s'alarme : 12 véhicules en interventions ont été percutés depuis le début de l'année. Douze accidents sur les routes nationales de Bretagne et des Pays de la Loire en 2022 : c'est trop, s'alarme la Direction  Interdépartementale des Routes Ouest (DIRO). Le nombre de fourgons ou de flèches accidentés est en hausse par  rapport à l'an dernier, où 21 véhicules avaient été percutés sur toute l'année. Des accidents qui sont heureusement  matériels pour l'instant dans la région, mais trois agents sont morts en France ces derniers mois. "En fait, c'est une seule recommandation : "quand vous voyez des véhicules orange, vous ralentissez, vous faites  attention, car vous rentrez dans une zone où d'autres véhicules ou les agents, les ouvriers qui sont sur le bord de la  route interviennent"", indique le directeur de la DIRO, Frédéric Lechelon. "Or, les gens ne le font pas assez. Il y a la  question des distracteurs, le téléphone portable en particulier et beaucoup de choses qui font qu'il y a une certaine  monotonie de conduite et que de tels passages un peu complexes sont traités comme s'il n'y en avait pas. C'est ça qu'on  doit absolument proscrire pour la vie de nos agents." 

Le témoignage d'un agent renversé près de Rennes 

Guénaël Kernen a lui été percuté en 2013, sur la rocade rennaise, lors d'une intervention. "Avec mon chef d'équipe, on  intervient dans la bretelle d'insertion, porte de Villejean vers la rocade extérieure, un accident suite à une pluie d'orage. Je vais en amont de l'accident prendre des photos des glissières qui ont été endommagées. Dans le feu de l'action en  prenant mes photos, une voiture qui arrivait derrière au-dessus de la vitesse normale a perdu le contrôle", raconte celui  qui est désormais chef du centre d'entretien et d'intervention de Rennes. "Allait-elle trop vite, regardait-elle autre chose  que moi, toujours est-il qu'elle a fait un tête à queue. J'ai été alerté par le crissement des pneus. Je n'ai eu un réflexe,  celui de m'appuyer sur son capot quand elle est arrivée et j'ai eu droit à une petite hospitalisation derrière mais à part le  psychologique, l'impact du souvenir, physiquement, je n'ai rien eu." 

Cet accident, il y pense aujourd'hui quand il voit partir ses agents sur le terrain. "J'ai coutume de dire "faites gaffe à vos  fesses les gars" parce que je l'ai vécu, parce que je sais ce que c'est et qu'il y a beaucoup d'incertitude quand on part en  intervention." 

Guénaël Kernen appelle lui aussi les automobilistes à la prudence : pas de téléphone, respect du corridor de sécurité  dès que c'est possible. "Ouvrez les yeux, gardez les sur la route. Réduisez votre vitesse, 10-20 km/h, c'est le minimum,  et profitez-en pour faire ralentir derrière." 

 

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