La dangerosité du téléphone au volant sous-évaluée par les conducteurs, s'alarme la Sécurité Routière

lesgardiensdelaroute13 Par Le 17/02/2022 0

Dans LA REVUE DE PRESSE

Les Gardiens de la Route

 

 

 

BFM TV avec AFP 06/02/2022 Pascal Samama 

Incontournables au quotidien, les smartphones envahissent aussi l'habitacle des voitures. La dangerosité de  son usage au volant a été tant bien que mal mesurée dans les statistiques de l'accidentalité routière.1 Le temps passe, les mauvaises habitudes restent, même si elles sont extrêmement dangereuses. Parmi elles, l'usage du  téléphone au volant. Selon le baromètre Axa Prévention 2020, 69% des conducteurs interrogés l'utilisent en conduisant  malgré les risques d'accident. 

En 2004, avant l'arrivée des smartphones qui offrent une multitude d'applications, les conducteurs n'étaient que 22% à  téléphoner, consulter des SMS ou en envoyer en conduisant. Désormais, ces appareils servent à écouter de la musique,  suivre un itinéraire, jouer et regarder des vidéos. Et certains conducteurs ne s'en privent pas. D'autres profitent du temps passé en voiture pour démarrer ou finir leur journée de travail.  

En novembre dernier, une étude commandée par la Société des autoroutes du nord et de l'est de la France (Sanef)  estimait que 73% des conducteurs télétravaillent au volant.2 

Risques d'accidents multipliés par 23 

Devenu incontournable au quotidien, l'usage du smartphone au volant est incontestablement dangereux pour tous les  usagers, qu'ils soient à pieds, à vélo, à moto, en voiture ou en poids lourds. Les risques sont régulièrement mis en avant  dans les statistiques de l'accidentalité routière. Pour que les usagers en prennent conscience, ils sont invités à se priver  de leur smartphone du 6 au 8 février à l'occasion de la 22e édition des journées mondiales sans portable. 

"C'est un fantasme de croire qu'il est possible de continuer à mener ses activités habituelles et, en parallèle, celle la plus forte en terme de charge mentale: conduire, c'est prendre une décision toutes les 5 secondes", souligne Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention routière. 

Des études ont mesuré les risques de l'usage du téléphone au volant et les conclusions sont effrayantes. Téléphoner en  conduisant multiplie les risques d'accidents par quatre selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2009, une  étude américaine menée par le Virginia Tech Transportation Institute (VTTI) qu'écrire un message au volant revient à  multiplier par 23 le risque d'avoir un accident. 

Dans son bilan 2020, l'Observatoire national de la sécurité routière (ONISR) estime que la voiture d'un conducteur à  l'attention "diffuse" (temps de réaction de 2 secondes) met, à 130 km/h, 54 mètres de plus à s'arrêter que celle d'un  conducteur concentré (0,5 sec). Le "défaut d'attention" a été relevé par l'ONISR chez l'un des conducteurs dans un  accident corporel sur cinq en 2020, et dans 13% des accidents mortels. 

358.858 contraventions dressées en 2020 

Cette inattention n'est pas seulement causée par les téléphones, mais aussi par technologies (GPS, aide à la conduite)  dont l'utilisation est également croissante, ainsi que "l'inattention" d'une manière générale. Le bulletin d'analyse rempli  par les forces de l'ordre après chaque accident corporel mêle également les causalités "téléphone et distracteurs". 

" La recherche du téléphone comme cause d'accident est effectuée "quand il n'y a aucune autre raison évidente (alcool, stupéfiants, vitesse excessive)", selon Me Vincent Julé-Parade, avocat spécialisé en droit des dommages corporels et droits des victimes. 

Pour cet avocat, ce recueil de données est perfectible. S'il était systématique lors des accidents, "on arriverait à des  proportions effarantes". Pour preuve, 358.858 contraventions pour usage du téléphone ont été dressées en 2020, soit  près de 100 par jour. Ce chiffre est même jugé "ridiculement bas" par Chantal Perrichon, présidente de la Ligue  contre la violence routière. 

"L'usage du téléphone est une causalité probablement plus difficile à déterminer que d'autres", reconnaît Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la sécurité routière qui organise jusqu'au 12 février à Paris une exposition de sensibilisation. "Mais s'il y a un doute, le procureur de la République peut demander les fadettes (relevés téléphoniques NDLR)" aux opérateurs téléphoniques, ajoute-t-elle. 

Arsenal répressif 

Cependant, les fadettes, quand elles sont demandées, "ne disent pas si le conducteur a utilisé une application, s'il a  pianoté, et un message tapé mais pas envoyé n'y apparaît pas", explique Me Julé-Parade. De plus, poursuit-il, "elles ne  permettent pas de savoir si on était en train d'utiliser son téléphone à l'instant T de l'accident, qui se joue à la seconde  près". 

Utiliser son téléphone ne constitue pas une circonstance aggravante autonome en cas d'accident (contrairement à  l'alcool, les stupéfiants ou la vitesse excessive), mais l'arsenal répressif a toutefois été durci. L'utilisation des oreillettes et "kit mains libres" est interdite depuis 2015 mais tenir une conversation via le système  "bluetooth" reste autorisé. Depuis mai 2020, les automobilistes qui commettent une infraction routière avec leur  téléphone à la main voient leur permis de conduire immédiatement retenu et encourent une suspension pouvant aller  jusqu'à un an. 

Cette pratique est courante, ont constaté les observateurs du Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques,  l'environnement, la mobilité et l'aménagement) lors d'une étude réalisée au cours de l'été 2021 pour l'Association des  sociétés françaises d'autoroutes (AFSA).3 

Les résultats de cette observation menée sur cinq portions d'autoroutes sont qualifiés "d'effrayants". Ils révèlent que 8%  des automobilistes et 14% des chauffeurs de poids-lourds tiennent leur téléphone en main en conduisant sur autoroute  et l'utilisent sans même regarder la route. 

  

1 Voir la revue 5 : « Près de 70 % des Français utilisent leur téléphone au volant » 20Minutes avec AFP 04/02/2022 2 Voir la revue 43 de 2021 : « Téléphone au volant: une pratique en hausse depuis la crise sanitaire? » BFMTV Auto 29/10/2021 3 Voir la revue 27 de 2021 : « Téléphone au volant : les chiffres alarmants d’une étude en immersion » AFP 09/07/2021

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