Télétravail, vitesse limitée, train… dix mesures préconisées pour pallier le manque de pétrole russe

lesgardiensdelaroute13 Par Le 01/04/2022 0

Dans LA REVUE DE PRESSE

les gardiens de la route

Libération 18/03/2022 Damien Dole

Afin de compenser les trois millions de barils de pétrole par jour venant de Russie qui risquent de manquer à partir d’avril, l’Agence internationale de l’énergie a soumis quelques recommandations sur les mobilités et les pratiques. 1 Comment compenser le pétrole russe qui va manquer à la consommation mondiale ? Même si l’Iran pourrait dans les prochaines semaines livrer, sous condition, des millions de barils, la Russie reste le plus gros exportateur mondial, avec huit millions de barils par jour de pétrole brut et de produits raffinés à destination du reste du monde. Avec la guerre en Ukraine, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a évalué qu’il manquerait jusqu’à trois millions de barils russes par jour à partir d’avril. «La perspective de perturbations à grande échelle de la production russe menace de créer un choc mondial de l’offre pétrolière», prédit donc l’AIE, qui donne ses dix recommandations afin de «réduire la consommation de pétrole». Des préconisations à destination des gouvernements et des entreprises qui urgent car pour qu’elles soient efficaces, elles doivent donc être suivies d’ici à deux semaines. Réduire les limitations de vitesse sur l’autoroute d’au moins 10 km/h Tout en rappelant que «de nombreux pays ont [adopté la mesure] pendant la crise pétrolière de 1973, dont les EtatsUnis et plusieurs pays européens», l’AIE assure «qu’une réduction des limitations de vitesse de 10 km/h sur les autoroutes par rapport aux niveaux actuels peut réduire considérablement la consommation de carburant pour les voitures». Résultat : 290 000 barils de pétrole par jour en moins si cela ne concerne que les voitures, jusqu’à 430 000 barils si les poids lourds sont aussi concernés. Télétravail jusqu’à trois jours par semaine là où c’est possible La pandémie avait popularisé le télétravail, la crise de l’énergie pourrait le pérenniser. C’est la mesure présentée comme la plus efficace : concrètement, un jour de télétravail représenterait une économie de 170 000 barils de pétrole par jour, et 500 000 barils quand il est poussé à trois jours. Alors que l’AIE évalue qu’un tiers des emplois dans les pays riches peuvent être exercés à domicile, les économies de pétrole seraient encore plus fortes aux Etats-Unis qu’en Europe, notamment à cause des consommations plus élevées des véhicules outre-Atlantique. Par ailleurs, les véhicules utilisent plus de carburant en été qu’en hiver, climatisation oblige. Les voitures au garage tous les dimanches Si cette mesure est bien connue des Français, notamment à Paris, l’AIE rappelle que des dimanches sans voitures ont déjà été introduits en Suisse, aux Pays-Bas ou encore en Allemagne de l’Ouest lors de la crise pétrolière de 1973. Meilleure qualité de l’air, réduction des îlots de chaleur, pollution sonore en baisse… La décision a d’autres aspects bénéfiques par ricochet, assure l’agence : «Les dimanches sans voitures favorisent l’adoption de la marche et du vélo, [des mobilités] qui génèrent un effet d’entraînement positif tout au long de la semaine.» La disposition appliquée tous les dimanches dans les grandes villes reviendrait à 380 000 barils de pétrole économisés, et à 95 000 pour un dimanche par mois. Baisser les prix des transports en commun et inciter à la marche comme au vélo Des exemples récents «ont montré que les tarifs réduits ou gratuits des transports publics entraînent un achalandage accru», affirme l’AIE, prenant exemple sur la Nouvelle-Zélande qui vient de décider d’une réduction de moitié des tarifs des transports publics pour les trois prochains mois en réponse aux prix élevés du carburant. En France, Dunkerque, Clermont-Ferrand ou plus récemment Douai ont de leur côté rendu gratuits leurs réseaux. L’AIE appelle aussi à une plus grande flexibilité des employeurs quant aux horaires de présence au travail afin d’éviter les heures de pointe, mais aussi à des zones à basses émissions comme à Paris ou Londres, à une incitation pour plus de marche et de vélo, ou encore à des solutions de micromobilités partagées. Des mesures certes de court terme, mais qui permettraient d’économiser 330 000 barils de pétrole par jour. Circulation alternée dans les grandes villes Autoriser alternativement les plaques paires et impaires en fonction des jours est une mesure ancienne qui a fait ses preuves dans de nombreux pays, y compris en France, rappelle l’AIE. Si la circulation alternée est appliquée deux jours par semaine dans les grandes villes avec un bon réseau de transports en commun, 210 000 barils de pétrole par jour à court terme peuvent être économisés. La loi n’est en revanche pas vraiment équitable, puisque les foyers les moins riches n’ont souvent qu’une seule voiture. Covoiturage et efficience des voitures L’AIE préconise le covoiturage «afin de réduire la consommation de pétrole, mais aussi d’argent». L’agence met en avant une pratique facilitée par les nouvelles applications dédiées. Autres mesures simples mais efficaces proposées :surveiller la pression des pneus et moins avoir recours à la clim. «Une augmentation d’environ 50 % du taux d’occupation moyen des voitures dans les économies avancées lors d’un voyage sur dix et l’adoption de meilleures pratiques pour réduire la consommation de carburant peut permettre d’économiser environ 470 000 barils de pétrole à court terme», calcule l’AIE. Travailler sur le fret et les livraisons de marchandises Côté transferts de marchandises, l’AIE explique qu’une baisse des livraisons dans des «délais très courts», l’optimisation de l’organisation des sociétés de livraisons pour limiter les trajets à vide ainsi qu’une meilleure formation des conducteurs de poids lourds permettraient d’économiser 320 000 barils de pétrole par jour. Privilégier les TGV et les trains de nuit plutôt que les avions Les lignes à grande vitesse reliant des villes situées à moins de 1 000 km l’une de l’autre ainsi que les trains de nuit doivent remplacer les trajets en avion «dans la mesure du possible». «Sur la base des infrastructures ferroviaires à grande vitesse existantes, environ 2 % de l’activité aérienne des économies avancées pourraient être réorientées vers le rail à grande vitesse», estime l’AIE. La France est par ailleurs largement citée en exemple, notamment pour sa décision d’arrêter des vols comme Paris-Nantes ou Paris-Bordeaux, même si le choix n’est pas considéré suffisamment ambitieux par les associations écologistes. Economies possibles : 40 000 barils de pétrole par jour. Réduire le nombre de voyages d’affaires Le constat est sans appel : «Compte tenu de l’encombrement des avions, les trajets des passagers en premium consomment trois fois plus de pétrole que ceux de la classe économique.» L’AIE conseille donc de supprimer une partie de ces voyages d’affaires et de les remplacer par de la visioconférence. S’appuyant sur l’expérience de la crise du Covid-19, elle estime qu’une réduction d’environ deux voyages d’affaires en avion sur cinq pourrait réduire la consommation de pétrole de 260 000 barils par jour, à la condition que les gouvernements adaptent leurs lois afin d’éviter les vols à vide réalisés pour éviter de payer certaines taxes lorsque les avions sont cloués au sol. Augmenter le nombre de véhicules électriques Même si la transition vers l’électrique est lancée, seules 8,4 millions de voitures électriques étaient en circulation dans les économies avancées, un mode de consommation bien en deçà des thermiques. Or afin de réduire l’empreinte carbone des véhicules individuels, l’AIE préconise une accélération à terme du nombre de véhicules électriques en circulation. Mais, à court terme, pour faire face aux problèmes d’approvisionnement de matières premières et de semiconducteurs, la priorité selon l’AIE est déjà d’assurer les livraisons de véhicules déjà achetés. Objectif : en s’appuyant sur les chiffres de ventes prévues au cours des quatre prochains mois de voitures électriques et des véhicules les plus économes en carburant, 100 000 barils de pétrole par jour pourraient être économisés.

Baisse de la vitesse, télétravail... Voici 10 mesures pour freiner la consommation de carburants (L'Obs avec AFP 19/03/2022)

En réponse à l’envolée des prix, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de dévoiler une liste de dix « actions clés » qui permettraient de freiner d’urgence notre consommation de pétrole. Baisser la vitesse sur route, télétravailler, rendre les transports publics moins chers... L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de dévoiler une liste de dix « actions clés » qui permettraient de freiner d’urgence la consommation de carburants, face au risque de « choc » causé par l’invasion russe en Ukraine. Ces suggestions de court terme, à destination des gouvernements et des citoyens, auraient un effet immédiat. Elles s’adressent avant tout aux économies avancées, « où c’est faisable et culturellement acceptable », un ensemble qui aujourd’hui représente près de la moitié de la demande mondiale, souligne l’AIE. « Conséquence de l’horrible agression de la Russie contre l’Ukraine, le monde est peut-être bien confronté à son plus gros choc de l’offre pétrolière depuis des décennies », a souligné le président exécutif de l’AIE, Fatih Birol. 2,7 millions de barils par jour économisés Si elles étaient pleinement suivies dans ces pays, 2,7 millions de barils par jour pourraient être économisés d’ici quatre mois, autant que le pétrole nécessaire au parc automobile chinois. Mathématiquement, elles auraient encore plus d’impact si les économies émergentes s’en emparaient aussi. Réduire de la vitesse L’AIE suggère de baisser d’au moins 10 km/h les limitations de vitesse sur autoroute pour les voitures et les camions. Ce serait l’une des mesures les plus efficaces : environ 430 000 barils de pétrole économisés chaque jour. « Nous l’avons déjà fait pour des raisons liées au trafic, ou à la pollution de l’air (...). Nous pouvons le faire de nouveau », a souligné le directeur de l’AIE, Fatih Birol. Télétravailler jusqu’à 3 jours par semaine L’impact d’un jour de télétravail, c’est 170 000 barils par jour en moins ; trois jours, c’est 500 000. Dans les économies avancées, environ un tiers des emplois permettent de travailler de chez soi, note l’AIE. Des villes sans voiture le dimanche Certaines villes le pratiquent déjà, comme Paris, Tokyo, Bruxelles, Édimbourg... En 1973, le mouvement avait aussi été lancé en Suisse, en RFA ou encore aux Pays-Bas. Ce serait, aujourd’hui, 95 000 barils par jour économisés.Soutenir les transports publics L’AIE appelle à réduire le prix des billets, voire à mettre en place la gratuité pour favoriser le recours aux transports en commun. Environ 330 000 barris par jour peuvent être économisés en utilisant ce levier. En Nouvelle-Zélande par exemple, le prix des billets sera réduit de moitié ces trois prochains mois face à la hausse des prix des carburants. Circulation routière alternée L’instance internationale propose la mise en place dans les grandes villes de la circulation alternée. Impact espéré : la consommation en moins de 210 000 barrils par jour. Mais aussi... L’Agence internationale de l’énergie propose également d’accroître l’autopartage et l’efficacité énergétique de sa voiture (en vérifiant la pression des pneus, en relevant la température de climatisation moyenne de 3°C...). Un gain de 470 000 barris par jour en moins serait possible. Et encourage à l’utilisation des TGV et des trains de nuit plutôt que l’avion. Bon pour le portefeuille... et le climat Toutes ces mesures n’ont pas seulement l’avantage d’améliorer la sécurité d’approvisionnement mais aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’air, tout en réduisant les dépenses. Les cours du pétrole ont fortement augmenté à la suite de l’invasion de l’Ukraine, ce qui s’est traduit par une flambée des prix à la pompe et des mesures de soutien aux automobilistes et aux professionnels dans certains pays. Le plan de l’AIE a en outre l’avantage de pouvoir être mis en oeuvre rapidement, d’ici l’été. Car le pic de la demande, avec les grandes vacances en juillet et août dans l’hémisphère nord « approche », a souligné Fatih Birol.

 

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